Ufologie et paranormal à l’honneur au cinéma en 2002
Un dossier de Jean-Marc Detrey (CLAP.CH)

Les ufologues et autres spécialistes de phénomènes surnaturels vont être gâtés par le 7ème art, cette année. Plusieurs grosses productions impliquant des stars confirmées sont consacrées au genre : après la ressortie d’E.T., il y a eu La prophétie des ombres avec Richard Gere et K-Pax (sorti le 8 mai 2002). Le 29 mai, Dragonfly, une ghost story avec Kevin Costner, posera la question épineuse : y a-t-il des liens entre l’ici-bas et l’au-delà ? Cet automne, c’est le très attendu Signs avec Mel Gibson et Joaquin Phoenix dans les rôles principaux, qui aura tous les honneurs.

Les intéressés ont de quoi se réjouir, car si le genre est d’actualité depuis une petite dizaine d’années à la TV via une série que l’on ne présente plus, le cinéma a toujours été relativement froid face à ce style par rapport à la SF et au fantastique pur.

Mais la voie ouverte par le succès des deux premiers films du réalisateur-scénariste-producteur-indo-américain M. Night Shyamalan (Sixième sens et Incassable) a démontré qu’il y a un public et un filon à exploiter, peut-être trop tard, on le verra avec Mothman Prophecies. Toujours est-il qu’Hollywood est dorénavant plus enclin à traiter des sujets surnaturels entrant dans la vie de tous les jours.

La prophétie des ombres, quand la réalité dépasse la fiction

Les prophéties de l’homme-phalène, entendez papillon de nuit (traduction littérale du titre original), ne sortent pas de l’imagination torturée d’un quelconque scénariste sous LSD. C’est un drame réel qui est à la base de cette production. Le 15 décembre 1967, l’Amérique est secouée par une catastrophe survenue à Point Pleasant. Le pont suspendu de 250 m de long s’effondre sous le poids des véhicules à l’arrêt lors d’un embouteillage. Un fait divers qui fit une quarantaine de victimes et qui aurait pu être vite oublié. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En fait elle débute d’une manière tout à fait étrange…

Cet événement aurait été prédit par plusieurs victimes ayant déclaré au cours des semaines précédentes avoir observé des ovnis dans le ciel de la région et avoir eu la visite d’une étrange créature ailée, rapidement baptisée Mothman, nom inspiré par une série TV très populaire à l’époque et mettant en scène un désormais fameux homme chauve-souris. Mais ce n’est pas tout. Il fut aussi question de coups de téléphones bizarres, de visites chez l’habitant d’hommes vêtus de noir et d’un ballet incessant de Cadillac noires. Tiens, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Les Men in Black entrent dans la légende pour la première fois.

Tous ces éléments ont été relatés dans un livre publié en 1975 par un journaliste du nom de John Keel, qui dit avoir fait une enquête approfondie suite aux premières apparitions d’ovnis. Il apprit que des gens avaient été contactés par des êtres étranges leur prédisant des événements à venir pas si joyeux que ça. Une de ces prophétie s’avéra être la catastrophe du pont enjambant le fleuve Ohio et le terme des enquêtes de Keel…



La prophétie des ombres, le film


Mark Pellington (Arlington Road) s’inspire donc de ce bouquin. Mais la « réalité » étant beaucoup plus complexe et étrange, le film joue plutôt la carte du mystère psychologique centré sur le personnage principal et la question d’événements imaginaires collectifs que du surnaturel pur. A cause de cela, les fans du livre et les croyants dur comme fer risquent d’être un tantinet déçus. Le Mothman y fait une apparition très brève de quelques fractions de secondes, le but étant de faire un film à l’esprit dit sérieux et pas un film de monstres. Les soucoupes volantes sont à peine mentionnées et les fameux MIB (terme créé par Keel lui-même) sont tout simplement absents du scénario. Men in Black étant devenu une franchise à copyright, la question ne se pose plus à la veille de la sortie du deuxième film leur étant consacrés. L’histoire est centrée sur un journaliste du Washington Post du nom de John Klein qui enquête sur des phénomènes surnaturels liés au décès récent de son épouse, hantée elle-même par des visions terrifiantes avant sa mort. Son périple va le mener aux confins de la Virginie profonde, où il récoltera d’étranges révélations qui se termineront pas la catastrophe que l’on sait. Richard Gere ne s’en tire pas mal dans sa première incursion dans le genre.

Si l’effet train fantôme est réussi par quelques sursauts bien placés et la trame intéressante jusqu’au décès de sa femme dans l’histoire, la suite s’embourbe dans une mise en scène très hétéroclite et des mouvements de caméra trop volatiles à vous donner la nausée (résultat de l’apprentissage par le clip ?). On sent vraiment que l’équipe a donné toute sa bonne volonté sur la production de ce film. Malheureusement le public et la critique n’ont pas suivi. Avec ces théories X-filiennes, le film aurait dû sortir quelques années plus tôt…

Pour info : Littérature
La prophétie des ombres, auteur : John A. Keel. Traduit en français par Benjamin Legrand. Préfaces et notes de Pierre Lagrange.
Editeur : PRESSES DU CHATELET
Collection : BIBLIOTHEQUE DES PRODIGES dirigée par Pierre Lagrange.
 Dossier très complet dans l'Ecran Fantastique N°220 avril 2002.

Preview : M. Night Shyamalan persiste et Signes


Sortie cet automne du troisième film du réalisateur qui a chamboulé le cinéma en 1999-2000 avec le Sixième sens. On connaît dorénavant les ingrédients qui font de ses productions un succès quasi assuré. Alors que nous réserve-t-il pour cette fin d’année ? Selon ses propres dires, si Signes aura une autre forme de fin que celles à rebondissement de ses deux précédentes productions, le surnaturel aura une large place dans celui-ci. Il prend en main un autre thème cher à nos amis ufologues : les crop circles ou « cercles anglais », fameuses formes géométriques qui apparaissent la nuit dans les champs à travers le monde depuis les années 1970. Si le sujet a déjà fait le bonheur de quelques séries TV, telles Dark Skies ou X-Files, c’est la première fois que le cinéma s’intéresse à ce phénomène.

Mauvais plaisantins s’amusant la nuit, rites bizarres d’un culte quelconque ou signes destinés à être vu du ciel par nos chers petits hommes verts ? C’est ce que Signes tentera de nous expliquer au travers des questions que se pose le fermier Graham Hess (Mel Gibson), ex-pasteur de son état, qui découvre un beau matin un de ces dessins d’une longueur de plus 800 mètres dans un de ses champs de maïs. Ayant perdu la foi lors du décès accidentel de sa femme (décidément, la perte de nos partenaires susciterait-il l’apparition de forces surnaturelles ?), le fermier va à nouveau être confronté à cette foi en essayant de comprendre l’origine de ces cercles quelques peu embêtants.

Une histoire plus qu’intéressante, surtout quand on sait qui l’a écrite et la réalise. Patience, la réponse sera sur vos écrans cet automne.


Dossier réalisé par Jean-Marc Detrey
avec l’aide de Bruno Mancusi, ufologue suisse