Neill Blomkamp, réalisateur:
"Le film imite les dépêches dont les chaînes de télévision, Internet et d'autres sources d'information nous inondent en continu. C'est un peu comme si vous découvriez une seule et même histoire au travers de plusieurs médias. Autrefois, on découvrait un sujet dans un seul journal. Aujourd'hui, les images et les écrans sont partout, et nous nous sommes habitués à vivre avec cette profusion. De plus, l'avènement de la téléréalité a encore davantage brouillé la frontière entre la réalité et le divertissement/"
Neill Blomkamp, acteur (Vikus Van De Merwe):
"Les différences de culture et de valeurs sont le plus grand défi auquel les gens sont confontés. Je pense que c'est le cas partout dans le monde : on essaie de ne pas aborder les sujets sensibles. Je ne crois pas que les gens refusent de voir la vérité, mais d'une façon plus positive, qu'ils essaient de se concentrer sur les valeurs communes. Une chose que l'Afrique du Sud a su faire, c'est permettre cette transition, débutée en 1994, car le passage pacifique vers la démocratie s'est fait en créant un espace permettant les sujets douloureux, comme la Commission Vérité et Réconciliation".
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Zoom avant
Alan Moore et Dave Gibbons
District 9 est le premier film d'un jeune réalisateur de publicités et spécialiste des effets visuels Neill Blomkamp. A l'origine, il devait adapter au cinéma le jeu vidéo Halo mais le projet fut abandonné car jugé trop couteux par les studios. Il s'orienta alors vers l'adaptation en film de son court un nouveau projet Alive in Joburg, produit par Neill Blomkamp, Sharlto Copley, Simon Hansen et Shanon Worley, qui immergeait le spectateur dans un Johannesburg fictif, victime des problèmes d'intégration d'extraterrestres.
On pouvait déjà y découvrir Sharlto Copley incarnant Wikus dans District 9, étant également producteur de ce court métrage.
La trame narrative du film est déjà présente : un montage d'interviews de diverses personnalités de la ville. Là aussi les extra-terrestres sont " ghettoisés " dans des camps et travaillent comme des esclaves.
Pour cette adaptation, produite par Peter Jackson (Le Seigneur des Anneaux), Blomkamp récolte un budget de 30 millions de dollars, somme d'ailleurs rentabilisée aux Etats-Unis dès le premier week-end d'exploitation.
Extra-terrestres du sud
Le mélange savamment dosé de fiction et d'évocation de la réalité sud-africaine donne tout le ton subtil du film. Blomkamp utilise le véhicule de la science-fiction. Le film prend la forme d'un reportage sur Wikus van der Merwe, un employé de la MNU (Multi-National United), une agence internationale gérant la problématique extraterrestre. Ces derniers surnommés péjorativement " crevettes ", sont malades et affamés, enfermés dans un immense ghetto, le District 9, depuis leur arrivée sur terre à bord d'un immense vaisseau tombé en panne il y a plus de vingt ans, en lévitation au-dessus de Johannesburg.
Wikus van der Merwe, un petit fonctionnaire guilleret et sans état d'âme, a été chargé par son beau-père, un important responsable de la MNU, de superviser Dans le ghetto alien, il est suivi par une équipe de télévision filmant l'évacuation des extra-terrestres vers leur nouveau camp, à 200 km de la ville.
Lors de ces opérations, Wikus tombe par hasard sur un laboratoire de fortune, où un extraterrestre connu sous le nom de Christopher Johnson (les extra-terrestres ont été nommés avec des nom d'emprunt terriens comme le furent les esclaves noirs arrivant en Amérique), vient mettre au point un mystérieux fluide. Wikus s'empare d'un vaporisateur contenant le produit avant d'en être aspergé. Contaminé par de l'ADN extra-terrestre, il commence alors à muter…
Effets spéciaux made in WETA Workshop
Pour développer les créatures de District 9, Neill Blomkamp a fait appel aux artistes de WETA Workshop.
Pour la création des extraterrestres, l'équipe du film a utilisé autant d'effets visuels que d'effets spéciaux physiques. Jason Cope, qui interprète l'extraterrestre Christopher Johnson, a aussi prêté son corps à une dizaine de personnages différents. Sa silhouette ayant ensuite été effacée afin d'ajouter la créature réalisée en 3D par les infographistes du studio Weta. "J'essayais de jouer comme un animal ou insecte, mais je n'utilisais pas non plus une gestuelle humaine " déclare Jason Cope.
Le choix du design des créatures a été crucial, le réalisateur ne souhaitait pas des extraterrestres attirants ou trop touchants mais plutôt guerriers et effrayants. Blomkamp s'explique : "Je ne sais pas exactement pourquoi cette image particulière m'est venue en tête, mais c'était bien un alien insectoïde que j'imaginais dans cette environnement."
Le travail de Weta Workshop consistait à animer ces créatures orchestré par le superviseur des effets spéciaux Joe Dunckley : "Les aliens ont des articulations fines et sinueuses, proches de celles des langoustes. Ils sont conçus pour être visuellement dégoutants. Ils secrètent une sorte de matière visqueuse. Nous avons utilisé différentes sortes de matières gélatineuses pour leur donner la brillance organique qui les rend vivants à l'image".
Le petit extra-terrestre a été réalisé sous la forme d'un mannequin hyperréaliste en silicone, mais il a seulement servi de référence aux équipes de SFX visuels.
Immersion dans le bidonville
Tout le tournage du film s'est déroulé à Tshiawelo, dans la banlieue de Soweto.
Les cabanons de tôles et de planches récupérées que l'on voit dans le film étaient présentes avant que l'équipe de tournage n'investissent les lieux.
Toutes ces habitations précaires ou détruites ont été achetées par la production et reconstruites avec les mêmes matériaux par l'équipe du chef décorateur Philip Ivey.
Cela a permit de ne pas travailler sur le vieillissement artificiel du bidonville et le résultat donne beaucoup plus d'authenticité. Les prises de vue ont été réalisées en hiver, période plus apte retranscrire l'aspect poussiéreux et désertique des lieux.
" Je voulais un décor aride, une sorte de paysage urbain à l'abandon. En hiver, quand vous regardez autour de vous, il y a des feux, des cendres et de la poussière partout, et la pollution vous empêche de voir l'horizon". déclare Neill Blomkamp.
Le réalisateur, originaire d'Afrique du Sud, souhaitait absolument tourner dans la ville de Johannesburg : "Nous n'aurions jamais pu reproduire ailleurs tout ce que nous avons à Johannesburg. Il y a trop de détails visuels ici, la poussière, les barbelés, la mauvaise herbe, c'est très riche sur le plan visuel. Pour qu'un film comme celui-ci fonctionne, je pense qu'il faut un certain degré de réalisme, de pollution et de crasse."
Les parallèles entre l'histoire de l'Afrique du Sud et le film sont nombreux. Les Aliens sont l'incarnation des citoyens de seconde classe tels que le furent les Noirs lors de la politique de ségrégation raciale, abolie seulement le 30 juin 1991 !
Le titre du film lui-même est inspiré d'évènements ayant eu lieu en 1966, pendant la période de l'apartheid. Le District 6 était une zone résidentielle blanche prisée d'un quartier sensible du Cap. De fait, elle fut déclarée comme zone réservée aux " blancs " par le gouvernement. 60 000 personnes y furent déplacées et relogées de force à Cape Flats, une zone à plus de 25 kilomètres plus loin5. Le film fait également référence aux expulsions contemporaines vers les nouveaux ghettos de banlieue dans l'Afrique du Sud post apartheid et à la résistance de leur habitants.
Aujourd'hui, plus de 12 millions d'Africains du sud vivent dans des cabanes sans électricité, hygiène ou collecte d'ordures. En 2007, les autorités ont créé un programme d'élimination de ces taudis. Des dizaines de milliers d'habitants de ces cabanes sont en danger de l'expulsion, et seront déplacés dans zones de transit avant d'être relogés…
Pour montrer encore plus précisément l'ancrage dans la réalité, et même si Neill Blomkamp a mis en scène la majeure partie des séquences du film, il a également pioché dans les fonds d'images et de films tournées par la South African Broadcasting Corporation, Reuters, et d'autres agences de presse…
Anecdotes
Un budget symbolique de 30 millions de dollars : c'est une somme identique que Robert Zemeckis (Retour vers le futur) avait confié à Peter Jackson pour la réalisation de son premier film hollywoodien, Fantômes contre Fantômes !
Le film a réalisé 1 079 116 entrées en France après 5 semaines d'exploitation (chiffres au 25 octobre 2009).
Certaines scènes où apparaissent des soldats de la MNU sont une référence à l'un des courts métrage du réalisateur : Halo Landfall.
La campagne de marketing viral a été organisé à partir du site Apple avec la diffusion de la bande annonce puis grace à plusieurs sites dont MNUSpreadsLies.com. Ce blog géré par un dénommé Paul, défenseur des droits des Non-Humains. Ses messages postés régulièrement informent sur l'oppression de la MNU, et apporte des détails sur les agissements de MNU utilisant des procédés technologiques de "non-humains" à des fins hostiles.
Le terme péjoratif "crevette" utiliés au début du film pour parler des extraterrestres, fait référence à la "crevette de Parktown", une variété de criquet royal sud-africain considéré comme un fléau dans le pays car s'attaquant aux cultures.
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