Invisible Invaders,
(1959) de Arthur Crabtree.

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 Filmographie







Le retour de Topper (1938)









The Amazing Transparent Man (1960)









Les aventures
d'un homme invisible (1992)

L'HOMME INVISIBLE DANS LE CINEMA S-F

Plus éloignés de Wells
Sans aucun doute, le thème de l'invisibilité combiné à la découverte des effets spéciaux innovants de Fulton, ont inspiré beaucoup de films dérivés, et de plus en plus éloignés, de l'œuvre de Wells.

Le premier a prendre conscience du potentiel fut Hal Roach, le producteur attitré de Laurel et Hardy. Il chargea Norman Z.McLeod de la réalisation d'un film inspiré du roman Topper de Thorne Smith. L'histoire raconte de deux amoureux devenus des fantômes après un accident de la route. Devenus invisible, les deux amoureux décident de changer la vie de Topper, un ami banquier, prisonnier de son épouse tyrannique. Basé sur un scénario aux premiers abords peu captivant, le réalisateur va bénéficier de l'interprétation de Cary Grant et des effets spéciaux de Roy Seawright pour tisser une trame burlesque multipliant les rebondissements, se rapprochant de La vie est belle de Capra. Le film sortira en France sous le titre : Le couple invisible. Le succès du film entraînera deux séquelles : Topper Takes a Trip (Fantômes en croisière) en 1938, et Topper returns (Le retour de M. Topper) en 1941. Ce dernier volet clos la trilogie en alliant le thème de l'invisibilité à celui de la maison hantée.

Les futures apparitions de l'homme invisible s'éloignent peu à peu de l'œuvre de Wells. L'invisibilité conduit souvent à la farce mais pose des questions étranges sur le subconscient, sur ce que l'on perçoit mais que l'on ne voit pas. Au risque pour celui qui possède ses dons de perception, de se faire passer pour un fou auprès de son entourage.



En 1950, Harvey, mis en scène par Henry Koster, raconte l'histoire de Elwood P.Dowd (James Stewart), qui entretient une étrange amitié avec un lapin géant et invisible de plus de deux mètres (!) Cette relation extra-ordinaire irrite peu à peu la sœur du héros qui se décide à le faire interner. Mais au fil des jours, le pooka (esprit fantôme enfermé dans un corps d'animal géant), fa finir par se faire adopter par toute la famille, amenant chacun des membres à ouvrir son esprit sur une réalité souvent trop rigide et dénuée d'imagination. Le film, tiré d'une pièce de Mary Chase, reste un petit chef d'œuvre d'humour et de tolérance.

L' homme invisible au Mexique!

Dans le film mexicain de 1957, El Hombre que logro ser invisible, ce sont plus les différentes séquelles que le film original de Whale, qui ont inspiré le réalisateur Alfredo B.Crevenna. Dans cette série Z, le scénariste Julio Alexandro a imaginé un savant utilisant un sérum d'invisibilité pour faire échapper son frère incarcéré. Ce dernier, devenu un monstrueux personnage avec le sérum, se met en tête de conquérir le monde et d'empoisonner l'eau des villes! Le film ne marquera jamais le septième art et reste un sympathique navet. Un autre film mexicain El Enmascarado de Oro contra El Asesino Invisible met en scène un autre professeur aidé de sa fille qui inventent une machine capable de rendre les gens invisibles. Malheureusement, le savant est assassinée par des malfaiteurs qui se servent de la géniale invention pour commettre des hold-up. Le héros, Le Masque d'Or, saura déjouer les plans sataniques des voleurs dont le chef n'est autre que le fiancé de la fille du savant assassiné. Ultime réutilisation des différents films Universal, le film ne restera pas non plus dans les mémoires!


Une aubaine pour les séries Z

Dans les années 60, Edward L.Cahn, qui faillit détrôner Ed Wood sur le podium du réalisateur le plus fauché du cinéma S-F américain, réalisa Invisible Invaders, dans lequel des extra-terrestres invisibles déterrent des cadavres pour contrôler les terriens. C'est sans compter sans l'armée (américaine de préférence) qui remettra de l'ordre dans tout ce tohu-bohu. La série B, voire Z s'emparait du genre! Après avoir longtemps fureté aux States notre homme invisible revient sur notre vieux continent, en Allemagne plus précisément sous la direction de Harald Reinl dans L'invisible Docteur Mabuse. Dans cette énième aventure, le docteur Mabuse s'approprie l'invention du professeur Hyrasmus, un sérum d'invisibilité devenu un instrument pour dominer le monde... hélas sans grand succès. Notre homme(invisible) franchit les Alpes pour se retrouver en pleine vogue des séries Z italiennes : on le retrouve en 1967, dans l'inoubliable Flashman contre les hommes invisibles du célèbre réalisateur italien J.Lee Donan (pseudo). Flashman tente de déjouer les plans sataniques (vous avez vu des plans qui ne l'étaient pas?) d'une bandes de malfrats cambriolant des banques grâce au sérum d'invisibilité dérobé chez un savant. Le fier héros, costumé comme dans un bal avec Cendrillon, viendra à bout des terribles malfrats, ouf!

La France s'essaie au genre, en montrant une facette encore inexplorée -et inattendue- du personnage, dans La vie amoureuse de l'homme invisible (ou Orloff et l'homme invisible) de Pierre Chevalier. Voguant en pleine libération des mœurs, le Dr Orloff a créé un humanoïde invisible chargé, selon lui, de remplacer la race humaine. Le film s'étend largement sur les tribulations cocasses et les joyeuses galipettes de servantes assaillies par l'homme invisible au prix de zooms nauséeux, propulsant le film sur la fantastique orbite des séries Z.

On ne peut terminer ce florilège iconoclaste sans parler de The Amazing Transparent Man (1960) de Edgar G. Ulmer, où il est aussi question de savant utilisant Joe Faust, un cobaye interprété par Douglas Kennedy, pour cambrioler les banques à la barbe des agents de police : encore une merveilleuse découverte scientifique détournée à des fins crapuleuses! Les séries B et Z ont donc utilisé le thème jusqu'à l'épuisement des scénaristes mais aussi, et le plus souvent, du spectateur.


L'homme invisible dans le registre comique

S'éloignant encore plus du thème du paria tel que Wells l'avait pensé, l'homme invisible a souvent profité de son état pour jouer de multiples farces d'étudiants. Dans Pas vu, pas pris (Now you See Him, Now You don't), réjouissante comédie made in Disneyland, Robert Butler narre les aventures d'un jeune étudiant mettant au point un sérum dont les effets disparaissent au contact de l'eau. Prétexte à une succession de gags (notamment la partie de golf), le film marquait les débuts de Kurt Russel.


Pas vu, pas pris (1971)


Autres pochades collégiennes avec The Man who wasn't there (1983) de Bruce Malamuth, où Steve Guttenberg concocte une formule capable de rendre invisible et de s'infiltrer incognito dans les douches de filles, et The Invisible Kid d'Avery Crounse (1987) dans lequel Jay Underwood découvre que la fiente de pigeon mélangée à quelques autres improbables ingrédients, permet de disparaître durant vingt minutes dans des lieux hautement fréquentables!

Le meilleur revient aux Aventures de l'Homme Invisible du génial John Carpenter. Dans cette fable sur la quête d'identité, Carpenter a su allier la comédie aux gags naturels et non excessifs à une brillante salve contre la société américaine. Halloway (Chevy Chase), écarté d'un système qui ne lui convient pas, profite de son état non pas pour abuser de son pouvoir mais pour accentuer sa perte d'identité et s'isoler encore plus du monde. En fait, il se reconstitue une personnalité qu'il avait perdu dans la masse uniforme de la société américaine. Sans jamais s'inspirer du roman original, Carpenter réalise une belle parabole que Wells n'aurait sans doute pas renié.